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06/12/2004
Café européen à Strasbourg
Par Christian Klipfel
Article paru dans La Tête Dans les Etoiles, n°6
Les Jeunes Européens Strasbourg organisaient le 4 mars dernier un café européen sur l’avenir de l’Union européenne après l’échec de la conférence intergouvernementale de décembre, avec la participation de Sylvain Schirmann, professeur d’Histoire à Sciences-Po Strasbourg.
La crise est selon M. Schirmann l’un des éléments constitutifs de la construction européenne, comme par exemple la « chaise vide » dans les années 1960 ou la monnaie dans les années 1970. L’Europe a pourtant continué à avancer, ou dans les pires moments à ne pas reculer.
Aujourd’hui se pose la question de savoir ce que l’on souhaite construire. Si l’objectif est uniquement un continent pacifié, ce qui a d’abord motivé la déclaration Schuman du 9 mai 1950, poursuivre l’intégration n’est pas nécessaire. Si l’on souhaite au contraire établir une fédération, il nous faut alors adapter d’urgence les institutions.
Dans tous les cas, l’Europe a besoin d’un moteur, rôle qu’a toujours eu le couple franco-allemand. Ce couple, à la fois espéré et craint par les autres membres, doit conserver ce rôle mais doit s’ouvrir à la participation des autres, notamment la Grande-Bretagne sans qui aucune avancée n’est envisageable pour la politique étrangère et de sécurité commune. Le « noyau dur » est en effet déjà une réalité car jamais, depuis l’entrée du Royaume Uni, les États-membres n’ont tous adhéré aux même projets.
Un facteur qui peut inciter au pessimisme est aujourd’hui l’absence de vision européenne chez les dirigeants des trois grands États pour lesquels les débats de politique intérieure sont prioritaires. Cette situation a pour conséquence une fragilité des projets européens.
M. Schirmann a enfin présenté ses travaux relatifs aux groupes locaux transfrontaliers de syndicats., lesquels cherchent à présenter des revendications communes. Cet exemple illustre selon lui les difficultés de travailler ensemble, vu les importantes différences culturelles d’un pays à l’autre.
Lors du débat avec la trentaine de participants, plusieurs personnes ont craint que l’Europe se fasse trop sans la population, qui manque d’une « conscience européenne ». Tout en étant d’accord, M. Schirmann a souligné que si la population est parfois plus eurosceptique que les gouvernements, elle souhaite aussi plus d’Europe pour la sécurité et le social.
Une autre question porte sur le rôle des gouvernements qui semblent parfois jouer un double jeu en accusant l’Europe des difficultés tout en s’en appropriant les succès. Selon Sylvain Schirmann, l’Europe a été dans le passé construite par accord entre les élites politique, économique et sociale ; aujourd’hui celles-ci ne vont plus unanimement dans la même direction.
Peut-être est-il temps de faire un bilan après ces réformes répétées qui n’ont pas toujours apporté ce qu’elles avaient promis ? Le manque de frontières, le flou sur l’« identité européenne » sont aujourd’hui un facteur de blocage. Pour certains participants, il faut peut-être simplement laisser un peu de temps pour que, avant que la nécessité fasse à nouveau évoluer les choses, les étapes récentes de la construction européenne soient assimilées.
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