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06/12/2004

Quand les Tchèques se cherchent une identité

Par Tonicek Schmitt
Article paru dans La Tête dans les Etoiles, n°2

Lors de la session plénière du parlement européen consacrée à l’élargissement de l’Union Européenne (18-21 novembre 2002), la section Sciences PO des Jeunes Européens de Strasbourg a organisé une rencontre estudiantine avec les pays candidats. Eva Holubovà et Tereza Palickova, de la Karlova Univerzita (Université Charles) de Prague s’attachèrent à expliquer la réaction des Tchèques face à la perspective d’adhésion de la République Tchèque à l’Union Européenne, adhésion qui sera soumise au référendum les 15 et 16 juin 2003.

Tereza tenta d’expliquer la relation unissant l’identité tchèque et l’identité européenne, la question sous-jacente étant bien sûr s’il est possible pour les Tchèques de s’identifier à l’Union Européenne.

En effet, l’identité tchèque n’existe sur un plan juridique que depuis 10 ans, avec l’éclatement le 1er janvier 1993 de la Tchécoslovaquie. Proclamée le 28 octobre 1918, la Tchécoslovaquie était une construction artificielle, composée d’une part des quatre Pays Tchèques (Bohême, Moravie, Sudètes et Silésie, ces deux dernières régions abritant des populations allemandes ), et d’autre part de la Slovaquie, enlevée à la Hongrie afin que la part de population d’origine slave soit supérieur à celle d’origine germanique. De surcroît, les Pays Tchèques comprenaient une importante population juive bien assimilée.

La langue fut dans ces conditions le vecteur le plus important de l’édification d’une identité tchèque : la publication au 19ème siècle d’un dictionnaire germano-tchèque et d’une grammaire tchèque furent des pas importants vers l’éveil d’un sentiment national. Durant l’ère communiste justement, la langue tchèque ne subit pas d’interdiction, mais la littérature fut muselée. Les tchèques utilisent d’ailleurs le mot russe "samizdat", signifiant "reproduction", pour qualifier la littérature de ces années-là : les auteurs devaient se borner à recopier la littérature officielle russe.

Avec une identité tchèque aussi récente, il faut s’attendre à ce que l’élargissement européen cause des inquiétudes. Cette peur se ressent à travers le résultat des élections : c’est le point que s’est attachée à mettre en valeur Eva.

En République Tchèque, les élections législatives ont lieu tous les 4 ans, et l’élection du Président par le Parlement tous les 5 ans (le prochain Président sera élu en janvier 2003) : les dernières échéances législatives eurent lieu en juin 2002. Le scrutin fut marqué par une forte poussée des anciens communistes, qui refusent l’élargissement. Toutefois cette poussée ne traduit pas véritablement la tendance de l’électorat : la très faible participation, en particulier chez les jeunes, et l’émiettement des partis de droite, ont permis aux nostalgiques de l’ère communiste (nostalgie économique en particulier) de faire entendre leurs voix. Ce fort taux d’abstention s’explique par la collusion ouverte entre les partis au gouvernement et d’opposition durant la dernière législature. En 1996, un group de députés issus de l’ODS (le parti démocratique civique, fondé par Vaclav Klaus), créent l’Union de la liberté en réaction contre la politique ultra-libérale menée par Klaus. De nouvelles élections en 1998 amènent au pouvoir la CSSD (sociaux-démocrates) : devant l’affaiblissement de son parti, Klaus conclut un "pacte d’opposition" avec Milos Zeman, le Premier ministre d’alors.

Ce pacte a accrédité un certain désintérêt pour la politique en général. Toutefois, certains petits partis, parfois issus des mouvements de dissidence au communisme, commencent à se former, qui pourrait entraîner un regain d’intérêt pour le vote. Quant à la question de l’identité tchèque, ainsi que l’a souligné Tereza : "L’identité tchèque ne disparaîtra pas si la langue perdure".