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06/12/2004
Quelques aspects liées à l’élargissement
Par Christian Klipfel
Article publié dans La Tête Dans les Etoiles
Les Entretiens de Strasbourg étaient consacré le samedi 13 décembre à l’élargissement de l’Union européenne. Un premier panel d’intervenants a tenté d’en évaluer les chances et dangers, un second s’est intéressé à la question de l’identité européenne dans ce contexte.
Introduisant le premier panel, le professeur Bosch, directeur de l’Europazentrum du Bade-Würtemberg, a souligné certaines des lignes directrices et divergences qui ont marqué la construction de l’Union européenne et imprègnent le débat sur l’avenir. Plusieurs conceptions de ce que doit être l’Europe coexistent (espace politique, zone de libre échange, etc.). Les années 1990 ont vu se cristalliser le débat élargissement et/ou approfondissement. Les pays de l’Est, eux, ont récupéré leur souveraineté seulement depuis peu et l’Europe est surtout attractive économiquement, ce qui explique également certaines méfiances (Europe de la défense). La variété des perceptions de l’Europe a également été relevée par M. Dollat, maître de conférence à l’institut d’études politiques de Strasbourg : d’une part, entre une union continentale et une union atlantiste, les deux étant souvent mêlées, d’autre part, entre une Europe rêvée — celle de la stabilité, celle reconnue comme acteur politique mondial — et l’Europe de la réalité, où ces aspects posent parfois des difficultés.
Mme Gillig, député au Parlement européen, note la combinaison d’enthousiasme et d’appréhension que représente l’élargissement actuel pour les citoyens. 2004 représente la réalisation d’une « communauté de destin » ; mais cette année suscite aussi des inquiétudes : à l’ouest, face au gouffre économique et social qui nous sépare des nouveaux membres, à l’est, où l’entrée dans l’Union ne va pas sans d’importants efforts d’adaptation pour intégrer l’acquis communautaire. Par ailleurs, des désaccords plus profonds persistent, notamment sur la transparence de l’Union, la place des citoyens, etc. Mme Remlinger, ministre de l’Intérieur du Bade-Würtemberg, souligne l’entrelacement des politiques intérieures et extérieures des États dans l’Union actuelle, surtout dans le domaine sécuritaire : l’Union joue un rôle croissant comme cadre de la politique intérieure. Tant pour les universitaires que pour les « politiques », l’Europe connaît donc des divergences et difficultés, mais, pas à pas, elle progresse et représente sans aucune ambiguïté une chance pour l’avenir.
Les frontières de l’Europe
Le second panel s’est quant à lui tourné vers une question centrale du débat sur le futur de l’Union, celle de l’identité européenne. M. Szymanowski, consul général de Pologne, a souligné son appartenance à l’Europe malgré la position actuelle au sein de la conférence intergouvernementale. Pour lui, 2004 représente, non pas un élargissement de l’Europe, mais une réunification du continent. Celle-ci suscite beaucoup de craintes en Pologne face à l’ampleur des transformations nécessaires.
M. Vorbek, conseiller à la représentation du Liechtenstein au Conseil de l’Europe, souligne la distinction entre Europe et Union européenne. Pour lui, l’Europe est une communauté de valeurs à laquelle son pays appartient, sans avoir intégré l’Union. L’Europe, ce sont avant tout des gens qui partagent un passé et un présent communs. Ce qui importe est ce que l’Union européenne peut apporter à ses citoyens, quelles que soient les formes qu’elle prend. L’importance de l’histoire commune et son ancienneté (fondation des universités au Moyen Âge et la notion de Chrétienté) est confirmée par M. Hartmeier, maître de conférence à l’institut d’études politiques de Strasbourg. Au-delà de l’Histoire, une conscience commune semble être un second critère d’identité. En aucun cas un critère n’apportera une ligne de partage nette.
Les participants du séminaire se sont ensuite divisés en deux groupes de travail permettant ainsi un échange de points de vue sur deux thèmes liés à l’élargissement : l’un s’est intéressé à la citoyenneté européenne, l’autre, dont je présente ci-dessous quelques axes de réflexion, a abordé la question des frontières de l’Europe, un sujet d’actualité puisqu’au delà des dix, d’autres pays se présentent aux portes de l’Union. Or au sein de la population, les positions divergent fortement, même sur la question de la nécessité de fixer des limites (définitives ou non) aujourd’hui. Ensuite vient la difficulté de définir qui doit décider de ces frontières.
Cercles concentriques
Voici quelques pistes explorées par les participants. Si l’Europe est avant tout une union de valeurs, pourquoi ne pas considérer une adhésion de l’Australie ? Si les droits de l’homme sont la référence, la Biélorussie n’est aujourd’hui pas en Europe mais pourrait y entrer dans quelques années : doit-on alors envisager une notion évolutive des frontières ? Si l’Europe est avant tout une Union politique, doit-on alors exclure certains membres actuels ? En suivant la théorie des cercles concentriques, devrait-on plutôt envisager une Europe à géométrie variable ou des partenariats étroits avec certains pays proches mais qui n’ont pas vocation à devenir membres ? Cependant un risque de re-division apparaît alors. Ces quelques propositions montrent les liens entre la frontières et la définition de l’Union.
Au final, tant la question de l’identité européenne que celle des frontières nous rappelle que les divergences de points de vue sur l’Europe et les obstacles ne manquent pas. Pourtant l’Union nous apporte déjà beaucoup et présente encore beaucoup d’opportunités pour le futur. D’où l’intérêt de débats entre citoyens comme ceux des Entretiens de Strasbourg pour mieux percevoir ce qu’est l’Europe d’aujourd’hui et quels sont les dangers, mais également les chances, de celle de demain
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