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06/12/2004
Sympathique M. Lamassoure…
Par Antoine Schmitt
Article paru dans La Tête dans les Etoiles, n°4
Conférence "Quelle Constitution pour l’Europe de demain" 11 février 2003, IEP de Strasbourg
On peut reprocher à Alain Lamassoure son optimisme et sa certitude que « nous approchons du moment où nous allons pouvoir achever l’Europe », force est de lui reconnaître un sens certain de l’humour.
Citons, comme exemple, sa comparaison entre la commission européenne et le temple des vestales, ces jeunes vierges chargées d’entretenir le feu sacré. Et ce n’est pas une mince qualité : si comme il le fait remarquer : « l’une des servitudes de l’activité politique en France est qu’on ne rencontre que des vieux », se rendre à une conférence sur les travaux de la Convention européenne fait courir le risque de se trouver face à un intervenant au costume aussi gris que sa chevelure, certains s’arrangeant même pour y assortir leur teint… Tel n’est pas, de loin, le cas de Monsieur Lamassoure : teint hâlé, cravate jaune canari assorti aux douze étoiles du drapeau, il n’omet pas, pour autant, de soigner le fond de son propos.
Après avoir brièvement résumé la construction européenne depuis ses origines, menée « non pas contre les peuples, mais à côté d’eux », il expose les enjeux de la Convention européenne. Le traité de Nice, qui a montré les limites des décisions prises à l’unanimité et de l’élargissement de l’Union européenne à dix pays en 2004, a pour conséquence que « le problème n’est plus comment permettre à une avant-garde d’avancer, mais comment on traite l’arrière-garde ». Quant aux points sur lesquels la Convention a déjà avancé, car là se trouvait bien le sujet de la conférence, il faut accorder à M. Lamassoure le mérite de la clarté : le texte final sera bien une constitution qui remplacera tous les traités, précédée par un préambule comprenant la charte des droits fondamentaux, et prévoyant la fusion de l’Union européenne et des communautés européennes, une extension de la co-décision entre le parlement européen et le conseil européen (bref une structure se rapprochant d’un État fédéral, avec chambres basse et haute), et un « Monsieur ou Madame Europe ». Les habituelles questions ne l’embarrassent pas et lui permettent même de verser dans l’humour grinçant : à la question de l’article 2, lequel n’intègre pas la religion, il répondit que « les valeurs nous divisent plus qu’elles nous rassemblent, sauf les Droits de l’homme (…) le seul véritable ciment de l’Europe étant la volonté de vivre ensemble ». Même ironie lorsqu’il évoque la solution franco-allemande de fusion de l’exécutif. Enfin il verse carrément dans l’humour noir lorsqu’il expose sa « solution à lui tout seul » pour résoudre la question de l’adhésion de la Turquie, consistant à considérer que la décision du conseil européen d’Helsinki de 1999 déclarant la Turquie éligible est un « coup d’Etat contre l’Europe » : dès lors, face à des dirigeants aussi inconscients, il reviendrait aux peuples de ratifier par référendum toute nouvelle adhésion…Cynique, certes, mais au moins il ne s’en cache pas.
Que penser au final de cette conférence ? Alain Lamassoure a du charme, c’est certain : peut-être que justement l’Europe au sein de laquelle « avec l’affaire irakienne émerge une opinion publique européenne » a besoin de personnalités pareilles. Mais enfin, pour reprendre sa métaphore des pères fondateurs, ces explorateurs qui prirent hardiment le large, les traités formant autant d’îles avant la destination finale qui s’avérera différente de celle originalement prévue, le timonier fut certes jovial en parlant de la terre promise : attendons de voir si c’est vraiment l’eldorado.
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